Compte-rendu et support de conférence de la journée "développer un service de VOD en bibliothèque". Forum des images à Paris le 26 Janvier 2012.

Développer un service de VOD en bibliothèque

(Forum des Images – Paris – Jeudi 26 janvier 2012)

Intervenant n°1 : Marianne PALESSE (Images en Bibliothèque)

Une nouvelle formation organisée par Images en Bibliothèque aura lieu en Juin 2012 sur 3 Jours. Le calendrier est à surveiller, les dates n’étant pas arrêtées.

3 axes seront abordés :

* Evolution des supports en bibliothèque

* Vod

* Editorialisation des films

La Vod soulève beaucoup de questions, et jusqu’à maintenant peu de réponses se révèlent satisfaisantes.

1) Mise en place de la Vod

Le DVD en tant que support ne va pas disparaître tout de suite ; une mise en place d’un service de Vod n’est pas à faire en urgence. Les professionnels des bibliothèques doivent s’accorder le temps de la réflexion et se libérer des pressions hiérarchiques et politiques.

Rappel : à l’origine, la constitution des fonds vidéo en bibliothèque se positionnait en complémentarité des vidéo clubs (non en concurrence) et privilégiait le cinéma documentaire.

La dématérialisation vient bousculer le rapport au lieu bibliothèque et pose à nouveau la question du rôle de la bibliothèque. La Vod renforce l’individualisation des pratiques culturelles. La bibliothèque peut-elle proposer des découvertes collectives ? En l’occurrence, quid de la consultation sur place ? La bibliothèque est le lieu du contact humain ; le vidéothécaire est un passeur d’images.

2) Modèle économique / Juridique

* La VOD ne doit pas favoriser l’uniformisation des collections ; la politique d’acquisition reste importante.

* Que choisir : le paiement à l’acte (+commercial) ou le forfait (+dirigé vers les ayants droits) ?

Il faut trouver sa place face aux plateformes commerciales, conserver la ligne éditoriale de nos missions ; un choix éditorial non prisonnier de la logique commerciale des plateformes Vod.

3) Questions bibliothéconomiques

* Les bibliothécaires doivent désormais développer leurs connaissances techniques : obligatoire.

* Editorialisation de la plateforme : la Vod ouvre des portes, passerelles entre les domaines (livres, musique…)

* Viser tous les publics, pas seulement ceux qui sont équipés : travail d’accompagnement des publics.

* Valoriser les films : important, c’est la plus-value face à la démarche internet à la maison : floue.

Pistes pour la Vod en bib :

1 - La bibliothèque est agrégatrice de contenu : elle se fait relais vers différentes plateformes : sélection, valorisation, « labellisation »…

2 - La bibliothèque fait offre de Vod : elle fait appel à un prestataire extérieur (arte vod…) qui propose une sélection d’œuvres. Pour le public : pas de démarche compliquée à partir de chez soi.

3 - La bibliothèque crée sa plateforme de Vod : coûteux. Elle négocie auprès des éditeurs, numérise ses fonds…

Intervenant n°2 : René PHALIPPOU (DGMIC / SLL – Ministère de la culture)

M. Phalippou rappelle le soutien du Ministère à la création d’Images en Bib et du festival Cinéma du Réel.

La Vod est l’occasion de réfléchir sur les missions des bibliothèques, sur les politiques culturelles.

La culture est-elle une variable d’ajustement des politiques publiques ? D’après Claude Poissenot (sociologue) les élus auront bientôt à choisir entre construire une nouvelle route ou un nouveau service en bibliothèque. Il s’agit donc de bien argumenter en direction des élus.

1) Contexte

Rappel historique : on parle beaucoup de Vod en bib depuis 2006, mais le résultat est mitigé. Il y a aujourd’hui moins d’offres pour les bibliothèques qu’en 2007. Son économie ne se révèle pas viable.

Un dernier rapport rappelle l’attachement des français au support physique pour les livres et les films (ce n’est pas le cas pour la musique).

Offre vidéo en bib :

2005 : 1200 bibliothèques ( sur 4400 ) détiennent 1.9 Million de docs vidéo

12 Millions de prêts

Rotation : 6.31

2008 : 1400 bibs – 2.68 M docs

16 M de prêts

Rotation : 5.97

2010 : 1400 bibs – 3.5 M docs

17 M de prêts

Rotation : 4.8

source chiffres : observatoirelecturepublique.fr

Progression de la VOD + 22.8% en valeur

+12% en volume

Location : 99.3 % (donc la Vod n’est pas un phénomène qui vise à la conservation)

Paiement à l’acte : 88.2 %

Abonnement : 11.8 % (et en augmentation constante)

IPTV (box) : 84.5% (Vod par la télé)

* Il semble que l’avenir de la Vod passe par la télévision et non par internet

Réseaux institutionnels offrant de la VOD :

2007 – universciné pour les Instituts français (centres culturels à l’étranger)

2010 – Ciné-lycée pour les ciné-clubs des lycées (éducation nationale)

2) Diffusion / modèles économiques

1 - Diffusion : sur le serveur d’un prestataire externe (achat d’accès)

sur le serveur de la bibliothèque (achat de fichiers)

La dématérialisation : établit un constat de l’état de l’offre aujourd’hui. Rien ne dit qu’il en sera de même demain.

L’ADAV propose une solution clé-en-main, avec hébergement d’un serveur accompagné d’une vente de fichiers.

2 - Modèles économiques :

Achat de fichiers avec droits attachés

Paiement à la consultation

Paiement forfaitaire : SVOD (VOD avec abonnement)

3 - Modes de consultation :

Streaming

Téléchargement

4 - Modes d’accès :

Consultation sur place

Consultation à domicile

Projection publique

3) Offres pour bibliothèques

1) * ArteVOD / univers-ciné – Médiathèque numérique

* Adavision

* Cvs

Sites + spécialisés :

* Vodeo (reportages, docs..)

* La cinémathèque de Bretagne (local)

* L’Ina (cher)

* L’Harmatèque (offre de l’Harmattan)

2) Tarification

Offres négociées par CAREL (Consortium pour l’Acquisition des Ressources Electroniques en Ligne – sis à la BPI. Son but est de faciliter l'introduction des ressources numériques en bibliothèques de lecture publique)

Principe : limiter le nombre d’accès par usager ou limiter le nombre de titres.

3) Retours d’expériences

Peu de retours positifs, de fortes réserves (ArteVOD : de nombreux problèmes techniques, en tout cas dans les premiers temps, souvent liés aux protections DRM, cher…)

offre pour l’instant inadaptée : (sous-emploi ou épuisement de l’enveloppe affectée)

demandes : authentification unique, licence globale, recherche fédérée, fluidité, tablettes, accompagnement, TV connectée (accès à la VOD sans passer par la box)

* la présidentielle pourrait rendre tout le débat actuel caduc si l’Hadopi cédait la place à la licence globale.

4) Quelle place pour la bibliothèque ?

1) * Editorialisation en ligne

* Production de contenus secondaires (offre gratuite : europafilmstrasures.fr)

* Articulation avec les autres activités de la bibliothèque

* Accompagnement des pratiques : penser à la population peu familière des pratiques numériques

Bazin (directeur de la Bpi) : « les bibliothécaires doivent accepter de devenir un peu journalistes ».

Des outils de médiation sont disponibles en ligne comme Ligne de temps (outil de démontage vidéo).

2) Portail Bpi/CNC pour le documentaire

* Catalogue national de films documentaires

* Catalogue Images de la culture

* Fonds d’Intérêt régional conservés par les bibliothèques.

Intervenant n° 3 : Thierry MAILLOT (Bibliothèques de Grenoble)

1) Imaginer un projet

La Vod entraîne la diversification des activités en bibliothèque. On peut prévoir d’ici à 5 ans une chute des prêts de DVD, alors que paradoxalement ils progressent encore.

La Vod en bibliothèque doit être l’offre d’un service qu’on ne trouve pas ailleurs.

Il faut se poser la question de la philosophie du projet, de la spécificité, de l’identité du service Vod ; elle n’est pas forcément pertinente partout.

Savoir :

Quelles personnes vont s’en occuper ? Pour quel volume horaire ?

Quelles collections ? Quel public ? Le même que celui des DVD ? Adulte + Jeunesse ?

Chercher des partenariats : services internes, associations. Il faut négocier, connaître ses exigences.

« Les bibliothécaires sont fort sur les contenus, moins sur le côté technique pourtant indispensable. »

Le coût de l’hébergement de la bande passante est cher, il faut chercher une possibilité de mutualisation. Le streaming est en plein boom. Il faut budgétiser en tant que projet réseau et pas sur le seul budget vidéo. (aide possible du Ministère sur les projets numériques innovants, dont Grenoble a bénéficié). Enfin, il faut développer un bon, voire un très bon partenariat avec le service informatique.

2) Développer le projet

* Abonnement à une plateforme (service clé-en-mains) :

(Il faut passer beaucoup de temps avec les offres pour se familiariser avec elles.)

Médiathèque numérique (universciné + artevod)

C’est l’offre qui rencontre le plus de succès en France : plus de 40 bibliothèques, grâce à la qualité du catalogue, de la facilité de la mise en œuvre. Il y a aujourd’hui moins de problèmes techniques, même si les DRM sont toujours présents.

Authentification unique. On ne peut lire un fichier qu’à partir d’une seule adresse IP. Bientôt compatible Linux et Iphone. Paiement à l’acte cher, trop cher. Il faut bien recenser les problèmes pour les faire remonter au fournisseur et négocier des compensations.

CVS

30 bibliothèques abonnées. C’est un agrégateur institutionnel de contenus. Son offre comprend images +son + BD. Le prix reste le même si on choisit de ne prendre que la vidéo. Après un accord préalable avec un réalisateur, il est possible de proposer à CVS d’uploader son film et de le mettre sur le site.

Le système des jetons n’est pas transparent – il faut négocier de gros volumes.

(à la bibliothèque de Sète, le système CVS ne marche pas bien. Après l’effet nouveauté, le public n’a pas suivi et préfère venir sur place, plus attaché au support physique et à la médiation. Dans une autre bibliothèque, quelqu’un rapporte que CVS (ou la Vod) ne convient pas au public jeune, zappeurs, pas intéressés ni par le contenu, ni par la démarche)

Frank Gabriel à CVS prétend que tous les films de son catalogue ont les droits de projection publique. Ce qui sidère la majorité des personnes présentes : quid des ayants droits ?

Adavision

Adavision (Adav) propose des offices à distance. Les films achetés le sont pour une durée de 5 ans : il faut donc bien réfléchir à sa collection et au renouvellement des titres.

Système de licences = nombre de personnes qui peuvent visionner un film (prévoir des mots de passe)

Dans le cas d’un réseau, la facture augmente vite.

Solution d’hébergement : aller déposer tous ses films chez un hébergeur. Ex : Kewego ( pour 50000€ ). Cela nécessite une bande passante suffisante sur le site de la bibliothèque.

Conclusion : pour faire vivre un service de Vod, il faut travailler en équipe, et une équipe motivée ! Développer un lien à distance avec les abonnés. Parfois, les problèmes techniques créent du lien !

(Visiter le site bm-grenoble)

1 commentaire:

Aurélia Cointre Mazni a dit…

Merci Elise pour ce compte-rendu.

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